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MES CHRONIQUES OENOLOGIQUES
LA DEGUSTATION D'UN VIEUX
MILLESIME (SUITE)
Le vin en bouche |
Passons enfin le vin en bouche. Prédisposé par une couleur et un nez évolués et pourtant encore solides, on peut s’attendre à une trame tannique bien présente au palais mais sans doute très fondue. En effet, la texture est fine et délicate. Le louche de la couleur était le signe d’une perte progressive de matière. Mais les restes sont superbes et tendres. La finale est longue et nous livre quelques fines notes fruitées rapidement dominées par un cuir vanillé intense. Une trace fumée épicée persiste longuement.
La dégustation d’un tel vin est passionnante. Cependant le plaisir le plus intense se trouve au nez avec un spectre aromatique remarquable. En bouche le plaisir est là aussi, mais dés le début de la dégustation nous savions que ce vin a du procurer plus de puissance en bouche il y a quelques années.
On peut imaginer qu’une telle complexité aille en grandissant vers des nuances de plus en plus fumées et épicées avec une perte progressive des accents fruités. |
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Quelques
considérations sur l'approche des vieux millésimes |
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L’approche
gustative d’un vin rouge vieux, ou à maturité, nous
dirons de plus de dix ans d’âge par exemple, est un
exercice très éloigné de la dégustation d’un vin n’aillant
pas encore atteint son plein épanouissement. En effet,
un vin jeune présente des caractères aromatiques fruités,
fumés, fleuris ou épicés très largement dissociés, mais
pas encore le caractère fondu et nuancé qui se développe
avec le bouquet d’évolution. Autrefois, nos parents
ne concevaient pas de goûter le vin avant ce stade,
mais aujourd’hui, par manque de patience, de disponibilité,
de conditions appropriées pour conserver les bouteilles,
ou tout simplement à cause du coût des vins vieux, nous
perdons progressivement l’aptitude à nous émerveiller
du parfum si subtil d’un vieux flacon. |
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Ces arômes évolués
qu’on apprenait à aimer, nous sont de plus en plus étrangers
et parfois même désagréables. Il faut comprendre que
le sens du goût s’éduque, et que sans références, on
peut rejeter une particularité. Cependant, il n’y a
aucune obligation à préférer un vin mûr plutôt que sur
le fruit. C’est une question de plaisir que cela nous
procure. Nous sommes simplement moins réceptifs à cette
façon de déguster qui ne répond sans doute plus aux
exigences de la vie moderne.
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Une
vieille bouteille, c’est une tranche vie.
Elle va nous révéler des arômes
certes, mais aussi une histoire. Tout d’abord,
l’étiquette et son millésime nous
invitent à la rêverie et à tous
les espoirs. Le bruit et l’état du bouchon
sont des indices quant à la préservation
du vin face aux agressions extérieures. Le bon
niveau du vin nous avait déjà parfois
préparé à ce verdict.
Puis vient la dégustation elle-même. La
couleur, encore vive, déjà tuilée
et parfois louche, avec des voltigeurs ou un dépôt
sur les parois du verre du flacon, sont autant de signes
qui prédisposent à la mise en bouche.
Le vin sera léger, défait, maigre, peut-être
acidulé, ou encore structuré et plein
de rondeur et de tanins fondus…
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L'épreuve
du nez est décisive. Un vin vieux est foudroyé
par l'oxygénation que produit l'ouverture de
la bouteille, si le bouchon a joué son
rôle jusque là bien sûr. Il en résulte
souvent un feu d'artifice aromatique plutôt qu'une
évolution progressive comme c'est le cas avec
un vin jeune. Il faut donc absolument avoir
le nez sur le verre au bon moment ! Je vous
conseillerai donc d'oublier la carafe qui risque, lors
de la décantation, de vous priver du meilleur...
De plus le vin vieux,
fragile et brutalisé par l'ouverture de la bouteille,
peut évoluer très vite et révéler
une succession d'arômes qui racontent son histoire.
Vous pourrez capter un souvenir de fruits, souvent confits
ou macérés, des nuances fleuries, de bouquets
secs, puis un éventuel retour du bois, bien loin
de la barrique neuve, et des notes animales...
Par tranches de cinq minutes, parfois en quelques secondes,
le vin tourne, s'ouvre, se referme et finit par s'évanouir
au fond du verre. Le plaisir du dégustateur est
alors bien particulier. Il s'agit de sensations fugitives,
fines, parfois à la limite du perceptible, mais
souvent rares et donc irremplaçables par rappot
aux vins jeunes. Mais celui-ci demande de l'attention,
un apprentissage des codes et des repères de
ce type de vin.
En bouche,
le vin rouge sera souvent en déclin dans son
grand âge. Cela signifie que les tanins
et la couleur, qui ont fini par se condenser en dépôt,
ne livreront plus au palais leurs matières. Le
vin se dépouille. Le réel plaisir du dégustateur
se concentre alors sur les arômes et la finale
en bouche. On peut comprendre que l'amateur non averti
éprouve une frustration devant ce manque de corps
et que le seul plaisir olfactif ne lui suffise pas.
Ces dégustations sont bien souvent réservées
à un plaisir "intellectuel" pour connaisseurs.
Mais quel plaisir !
Quel voyage si l'on
a les clés : la couleur nous laisse entrevoir
l'évolution magique du nez. Les effluves peuvent
évoquer une vendange pleine de maturité
et de fruits parfaitements mûrs, ou un contexte
climatique difficile par des traces végétales
herbacées. On imagine le travail auquel a eu
à faire face le vigneron à l'époque,
ou les moyens de vinification d'alors, et le professionnel
d'aujourd'hui reconnaîtra tout le mérite
ou les erreurs du technicien.
L'évolution du bouquet dans le verre confirmera
ces impressions et nous parlera du type de bois utilisé,
qui procure des notes plus ou moins épicées
ou giboyeuses selon l'état des barriques et des
conditions d'élevage. On revit les gestes et
les soucis du maître de chai presque en direct
!
Ces dégustations sont pleines d'émotions,
surtout en présence du propriétaire qui
évoque le travail d'un de ses ancêtres
par exemple... Mais l'imagination, la rêverie
ou la connaissance de l'histoire du vin sont les conditions
de ce plaisir. Le dégustateur d'aujourd'hui,
sans ces repères, trouvera curieux cet enthousiasme
pour un vin au bouquet parfois fugitif, instable et
défraîchis qui ne laisse pas toujours la
place à un plaisir complet en bouche.
Un vin vieux,
c'est un coup de poker, et tout le plaisir est là.
D'autant plus que chaque bouteille vit sa vie
et l'harmonie de l'une peut faire place à une
grande déception avec sa voisine de cave ! |
Le
conseil de l'oenologue
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Comme
je l'ai développé ci-dessus, un vieux
millésime en rouge, sera hélas souvent
plus plaisant au nez qu'en bouche. La matière
disparaît progressivement dans le dépôt
du vin. Le bouquet se développe en complexité
mais sera de plus en plus sensible à l'oxygénation
du vin. Il risque de disparaître rapidement lors
de la dégustation.
Alors, contrairement à l'idée
largement répandue, je vous conseillerai d'éviter
autant que possible de décanter un vin ayant
du dépôt dont vous risquez également
de détruire par oxydation la seule richesse qui
est au nez. |
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Il
vous suffit d'anticiper la dégustation en redressant
délicatement la bouteille vingt quatre heures
avant de la servir tout en douceur en la débouchant
au dernier instant. Si par hasard, le vin demandait
quelques minutes pour s'ouvrir et reprendre ses esprits,
cela se ferait tranquillement sous votre nez aussi.
Le plaisir du vin
servi en carafe et le cérémonial de la
décantation à la bougie sont parfois des
gestes à haut risque qui méritent peut-être
l'application de l'incontournable principe de précaution.
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Début
de la chronique oenologique
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